Une percée dans la lutte contre la dépression

Professeur Raz Jérémiah - Université hébraïque de Jérusalem

Orly Harari  Arouts 7  publié le 8 janvier 2014

 professeur raz jrmiah

Des chercheurs de l'Université hébraïque de Jérusalem ont découvert que la dégénérescence de cellules du système immunitaire dans le cerveau conduit au développement de la dépression nerveuse. L’équipe de recherche a déposé une demande de brevet sur de nouvelles substances pour le traitement rapide de la dépression. 

La dépression nerveuse, qui affecte une personne sur six, est l'une des principales causes de la souffrance humaine. Outre le fait que la plupart des cas de suicide soient liés à la dépression nerveuse, la maladie constitue un risque important pour d'autres affections graves, telles que les maladies cardiovasculaires et contribue, selon l'Organisation mondiale de la santé, à plus d'années d’infirmité et d'incapacité de fonctionnement normal que toutes les autres maladies.

Pendant des décennies aucun progrès significatif n’a été constaté dans le développement de thérapies médicamenteuses innovantes pour le traitement de la dépression nerveuse du fait que les facteurs biologiques qui en sont responsables sont encore mal connus. Un effort conjoint de chercheurs de l'Université hébraïque de Jérusalem et de l'Université du Colorado apporte une percée significative dans ce domaine. Les chercheurs ont découvert pour la première fois que des changements dans la structure et la fonction des cellules de la microglie dans le cerveau entraînent le développement de symptômes comportementaux et cérébraux liés à la dépression résultant d'une exposition prolongée au stress. Les chercheurs ont déposé des brevets sur un certain nombre de substances qui ont une influence sur les cellules de la microglie et qui peuvent servir d'antidépresseurs efficaces, par l’intermédiaire de la société de développement de recherche « Yéssoum » de l'Université hébraïque de Jérusalem.

L'étude a été menée par le professeur Raz Jérémiah, chef du laboratoire de psycho-immunologie du département de psychologie à l'Université hébraïque et par la doctorante Tirtsa Kreissel ainsi que d'autres chercheurs de l'Université hébraïque, en collaboration avec des chercheurs de l'Université du Colorado à Boulder. La recherche est financée par la National Science Foundation et publiée cette semaine dans la revue Molecular Psychia.

Les cellules de la microglie, qui constituent environ 10 % des cellules du cerveau, sont les représentants du système immunitaire et jouent un rôle majeur dans la réaction de l’organisme face aux agents pathogènes tels que les virus et les bactéries ainsi qu’en ce qui concerne les dommages causés au cerveau. Dans les études menées ces dernières années dans le laboratoire du professeur Jérémiah et d'autres laboratoires trouvent que ces cellules sont également impliquées dans d'autres processus physiologiques, y compris la réactivité au stress.

Une exposition prolongée au stress est l'un des facteurs clés pour le développement de la dépression nerveuse chez les êtres humains. Cette recherche a été menée avec des souris exposées à un stress quotidien modéré et aléatoire. Après cinq semaines de cette exposition, les souris ont développé des symptômes qui correspondent à ceux des personnes dépressives, tels que le découragement, le manque d'intérêt pour des activités qui causent du plaisir comme boire des solutions sucrées ou un jeu de société et il a été constaté une réduction de la création de nouvelles cellules du cerveau qui est considérée comme l’un des indicateurs les plus importants d’un syndrome dépressif.

Les chercheurs ont constaté que pendant la première semaine d'exposition au stress, les cellules de la microglie subissent un processus d’activation de division et de multiplication des cellules qui entraînent une augmentation de la taille des cellules et la production de molécules inflammatoires, phénomène qui a provoqué la mort de certaines cellules.

Après cinq semaines d'exposition au stress, le nombre des cellules de la microglie a diminué et une partie des cellules restantes ont dégénéré, en particulier dans une zone particulière du cerveau connue pour être impliquée dans la réactivité au stress. L'activation du processus du blocage initial des cellules de la microglie obtenue en fournissant des médicaments spécifiques durant les premiers jours d'exposition au stress, ou par des interventions génétiques, a ralenti la mortalité des cellules de la microglie et a entraîné la disparition des symptômes dépressifs. Toutefois, afin de traiter les souris « déprimées », qui ont déjà été exposées de façon prolongée au stress et ont donc perdu beaucoup de cellules de la microglie, les chercheurs ont découvert qu’il est nécessaire d’utiliser les substances qui stimulent la création de cellules de la microglie et les ramènent à un taux normal.

Selon le professeur Jérémiah, "nous avons constaté que ces substances permettent de guérir les symptômes dépressifs et d’accélérer le processus de formation de nouvelles cellules nerveuses plus efficacement et plus rapidement que par la plupart des traitements médicamenteux disponibles aujourd'hui ». Les chercheurs continuent à identifier d’autres substances du même type et projettent de tester dans un proche avenir leur efficacité clinique chez les patients souffrant de dépression nerveuse. « Au-delà de l'importance pratique et des possibilités que cette recherche clinique ouvre », ajoute le professeur Jérémiah, " ces résultats ont une importance théorique primordiale car ils sont la première preuve directe que les processus psychologiques et les maladies psychiatriques ne reflètent pas seulement l'activité des cellules nerveuses (neurones) comme on le pensait jusqu’à présent, mais subissent également de façon significative l’influence du fonctionnement des cellules de la microglie ».

Sur la base des résultats de ces recherches, la société de développement de recherche « Yéssoum » de l'Université hébraïque de Jérusalem a déposé une demande de brevet de remède pour le traitement de la dépression nerveuse avec certaines substances spécifiques générées par les cellules de la microglie.

Traduction : David Pasder, Ofra - Révision scientifique : Dr Sandrine Benhamron, Jérusalem   Janvier 2014

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