Une exaltante découverte en famille

 

Yaël Chauvel 

 

Cela fait 25 ans qu'avec ma famille, nous sommes venus en Judée-Samarie pour visiter Sébastié, Sichem... J'avais alors été stupéfaite de voir que le paysage était quasiment resté dans l'état où l'avaient quitté les israélites...

Et voilà qu'aujourd'hui, j'allais retourner dans ce "pays", mais un peu plus au sud, celui de Benjamin, accompagnée de mon mari, de mes trois enfants (dont l'aînée a sensiblement le même âge que celui que j'avais lors de ma première visite) et de mes parents. Nous étions très excités à l'idée de cette journée, d'autant plus que mon frère nous avait "mis l'eau à la bouche" après en être revenu enchanté quelques semaines auparavant...

Ce jour-là, nous avons donc rencontré, à Hizmé, David Pasder, Aaron Lipkin et Liora, qui a été pour nous une guide très agréable et passionnée. Nous venions de quitter une ville de Jérusalem très active, quasi grouillante avec ses embouteillages, ses klaxons, ses nombreux passants... et nous voilà d'un seul coup et à seulement quelques minutes de là, dans un paysage enchanteur, grandiose, où l'on respire le calme, la paix, et... quelque chose d'indéfinissable... On a l'impression –ou j'ai l'impression – de sentir davantage la présence de Dieu...

D'ailleurs, quelques kilomètres plus loin, nous voici déjà à Bet El. Nous montons sur une plateforme panoramique, et là, nous sommes ébahis : nos regards portent au nord jusqu'au mont Hermon, pour redescendre sur Tel Aviv, entrevoir ensuite Jérusalem et son mont Scopus au sud et la mer Morte à l'est... Incroyable !!

Un peu plus loin, nous découvrons le lieu peu connu et préservé où Yaacov s'endormit et où Dieu lui parla au travers de la vision de l'échelle. Le sentiment est particulier : Yaacov ne disait-il pas "Cet endroit est redoutable ! Ce n'est rien moins que la maison de Dieu !" Le lieu supposé de cet épisode est plutôt évident ; c'est une espèce de rocher plat, en forme de matelas, pas forcément très confortable, mais, expliquons-nous aux enfants, Yaacov a dû rouler son manteau pour le poser sur la pierre qu'il avait prise pour oreiller et cela était tout de même plus facile de se coucher à cet endroit, sur une pierre plate que sur des cailloux ou des trous, ou encore sur des chardons, fort nombreux en cet endroit...

Ce lieu avait déjà été repéré par les arabes qui y ont érigé une mosquée, puis par les croisés (les murs d'une église sont encore bien dressés). Plus loin, des fortifications en ruines seraient l'un des endroits où Jéroboam avait instauré le culte du veau d'or. Tout ici est sauvage et on pourrait presque se sentir transportés au temps de Yaacov. C'est comme s'il venait de passer sa nuit ici...

Un chêne vert trône sur le site depuis plus de mille ans... Sa fière ramure s'élance avec vigueur vers le ciel.

Nous nous dirigeons désormais vers Shilo, que nous avons hâte de découvrir. Ce lieu où affluaient les israélites lors des grandes fêtes, comme bien d'autres dans cette région, est pourtant aujourd'hui l'objet de la colère des arabes, qui savent que les juifs sont les propriétaires légaux de ces terres. Mais cet endroit est à nouveau habité par des hommes et des femmes de foi, qui ont conscience de vivre sur une terre particulière et qui la défendront envers et contre tout ! D'ailleurs, Liora qui habite Eli non loin d'ici, partage avec moi ses convictions et les motivations qui l'ont amenée à quitter le confort de la France, sa famille qui ne la comprenait pas, pour venir vivre et voir grandir ses enfants sur la terre de ses pères. "Chaque matin, quand je me réveille et que de ma fenêtre, je vois ce paysage, cette terre où ont vécu tous ces grands hommes du passé, je me pince et me dis que j'ai vraiment de la chance..." On la comprend ! Ce sentiment de marcher sur leurs traces est vraiment très fort !

Liora propose aux enfants de s'habiller à la manière des israélites, pour mieux les plonger dans l'époque justement. Puis, elle nous conduit vers une ancienne église byzantine qui a été restaurée, avec notamment son superbe pavage de mosaïques fines. Nous longeons les épaisses murailles qui protégeaient la ville (reprise alors aux cananéens) et arrivons à un point de vue en dehors de la ville. De là, nous admirons les vallées et collines environnantes. Les villages où Dieu a ramené "les captifs de son Peuple" et qui ont été rebâtis par eux, paraissent des oasis au milieu d'une terre plutôt aride et caillouteuse. De ci, de là surgissent d'éclatantes taches vertes... c'est très surprenant ! David et Liora nous donnent les noms des villages, des collines avoisinantes et qui tous nous rappellent ceux que nous lisons dans la Bible... Tout cela devient vivant aujourd'hui...

Et là, derrière nous -nous ne l'avions pas vraiment vu en arrivant, mais il est bien là, évident - le lieu où se tenait le tabernacle, le mishkan, le Lieu Saint... Fermons les yeux un instant et... oui, nous pouvons le voir ici, dressé sur ces pierres qui forment un rectangle aux mesures mentionnées dans la Bible. Là, officiait Eli, avec ses fils... Là,

est venue en pleurs Hanna, qui a supplié Dieu de lui donner un fils qu'elle lui consacrerait ensuite... Là, a grandi Samuel... Là, il a entendu la voix de Dieu l'appeler et lui parler... Mais là eurent lieu aussi des événements tragiques : la désobéissance des israélites qui, craignant les philistins, voulurent prendre avec eux l'Arche, contre l'avis de Dieu et de ses prophètes et la perdirent... La mort des fils d'Eli (qui étaient des vauriens) et celle d'Eli, terrassé par la mauvaise nouvelle de la perte de l'Arche...

Nous nous installons à l'ombre d'un olivier et Liora sort sa guitare pour nous chanter un chant que j'affectionne particulièrement, écrit par la poétesse Rahel "stérile", qui mentionne Hanna. Je sens que pour les femmes de la région, Hanna est quelqu'un de très important ; un modèle...

Alors que nous nous sommes remis à marcher sur les petits sentiers autrefois sillonnés par les israélites, nous n'avons qu'à nous baisser pour ramasser de nombreux tessons de poteries. Les enfants sont enthousiastes (la grand-mère l'est peut-être encore davantage...) et bientôt, leur enthousiasme sera à son paroxysme... En effet, nous revenons vers des ruines de maisons en train d'être mises à jour et là, Liora nous présente Ofer, archéologue dirigeant actuellement les fouilles. Des jeunes entièrement couverts d'une couche de poussière poussent des brouettes, tapent avec des pioches, ramassent de la terre et la tamisent.

C'est à ce moment que l'on propose aux enfants de se joindre aux chercheurs.

Bien entendu, David nous avait téléphoné quelques jours auparavant pour nous conseiller de ne pas venir en tenue de soirée... Il n'en faut pas plus aux trois jeunes pour leur faire arborer un immense sourire et bientôt, les voilà gantés et armés de pioches pour essayer de rendre à la civilisation quelques trésors retenus depuis des milliers d'années... Dès les premiers coups de pioche, c'est une avalanche de morceaux de poteries qui leur "tombe dessus"... Les morceaux sont déposés dans des seaux, la terre vidée de ses trésors est emportée dans des brouettes.

Oren trouve une magnifique anse ! Puis, c'est au tour d'Odélia ! Et aussi Nathane... Et encore Oren ! Tous trois sont émerveillés et lorsque c'est l'heure d'arrêter, on a l'impression de les avoir coupés dans leur élan et ils en sont un peu frustrés...

Comme la règle interdit de garder les morceaux découverts, David demande à Ofer s'il veut bien donner aux apprentis archéologues quelques petits tessons en souvenir de ce jour mémorable. Ce qu'il fait de bon coeur. Quelle expérience pour nos fouilleurs d'un jour !

Après un petit brin de toilette bien nécessaire, un délicieux repas nous est servi, au cours duquel nous avons la visite de David Rubin, qui habite Shilo et qui a fondé une association pour venir en aide aux enfants traumatisés par les attentats, après avoir été lui-même victime d'un attentat et au cours duquel il a failli perdre son fils de trois ans. C'est seulement par un miracle de Dieu qu'ils s'en sont sortis ... vivants.

Avant de repartir, David nous rappelle le chapitre de Juges 21 qui mentionne les filles de Shilo qui venaient danser dans la vallée de Shilo remplie de vignes et qui se firent enlever par les hommes de la tribu de Benjamin. Aujourd'hui, les femmes et les filles de la région perpétuent cette tradition... Oui, c'est bien un lieu de vie, de joie que nous quittons...

Nous allons à présent visiter le centre des visiteurs de Psagot. En ce lieu, même constat : la vue porte sur de nombreux lieux évoqués dans la Bible : Rama, le village de Samuel, Bet'El, Anatot, le village de Jérémie, la place forte philistine qu'attaqua Jonathan accompagné de son aide de camp... Nous descendons vers les caves où l'on nous présente un montage audio-visuel sur le pays de Benjamin et la fabrique du vin. Ce vin a d'ailleurs remporté de nombreux prixinternationaux !

Pour clôre cette journée, nous effectuons une descente vertigineuse dans une fabuleuse vallée jusqu'à Ein Prat, où coule un ruisseau rafraîchissant parmi de grands eucalyptus odorants et qui procurent une ombre bienfaisante. Oren et Nathane montent jusqu'à une piscine naturelle. L'image est plutôt déconcertante : tout autour de nous, c'est le désert et là, au pied d'un magnifique palmier, une vraie et étonnante piscine nous attend... L'eau est, bien entendu, glacée... et le bain ne peut durer, mais il aura fait du bien aux deux nageurs.

Et c'est là que se termine notre magnifique périple de ce jour, dans ce pays de Benjamin, pays promis et où s'accomplissent sous nos yeux (et c'est pour nous un immense privilège !) les promesses de Dieu faites à son peuple.

Nous reviendrons, c'est sûr...