Une bouffée de parfum en Judée-Samarie

Shlomit Abel

 

Voilà quinze ans que j'habite Israël, les "territoires", une colline en face du Mont des Oliviers, Maaléh-Adummim. Choix lié à une idéologie ? Pas au premier chef, mais quand il a fallu chercher un point de chute après le centre d'intégration, désirant rester dans les environs de Jérusalem, ne possédant pas de voiture, et connaissant quelques personnes qui s'étaient récemment installées, nous avons trouvé dans cette ville nouvelle - 30 ans d'âge pour les quartiers les plus anciens -, propre, coquette, calme, très verdoyante, bien des raisons suffisantes pour vouloir y déposer nos valises.

En visitant avec David, un ami d'Ofra, les environs de Bethel et Shilo, toujours dans la grande couronne de Jérusalem mais plus au Nord, j'ai découvert la Judée-Samarie biblique, dont les médias occidentaux déforment l'image, en introduisant cette distance, cette étrangeté de la "Cisjordanie", pour nous faire croire qu'il n'y a jamais eu de "vrais" Juifs à cet endroit !

On pourrait le croire pour Maaléh-Adummim, car situé sur l'axe Jérusalem-Mer-Morte, en face du mont des Oliviers, on y voit plutôt les histoires, les paysages du bon samaritain, de Lazare et ses deux sœurs Marthe et Marie, Jésus dans son agonie..., on est un peu dans l'histoire sainte.

Or dans cette sortie printanière à Bethel et Shilo, déjà la nature était différente : fleurs à profusion, renoncules, aconit, cyclamen, anémones, même une variété de gentianes, - nous sommes à plus de 900 mètres d'altitude -, un tapis de verdure et de couleurs invitant à la promenade et à l'action. La route suit l'axe Haran-Beer-Shéva, d'ailleurs on la nomme la "route des Patriarches" : Hébron, Bethlehem, Bethel

- où Jacob Avinou a fait halte et a reçu sa vision de l'échelle, où il a bâti un autel de pierres ; Shilo, le premier sanctuaire : on imagine Anne venant prier et demander ce fils tant espéré, Samuel, le serviteur obéissant, qui oindra les rois d'Israël, Saül et David...

Dans cette nature habitée, vallonnée, aux coteaux habillés de vignes, cépages exilés un temps en France et qui retrouvent maintenant leur terre d'origine, et offrent des crus médaillés, le vent dans les fleurs et les arbres murmure le "Ruah" du rav Shlomo Carlebach : "Ni par puissance ni par force, mais par l'esprit du Seigneur!" (Zacharie 4:6).

Alors que mon Maaléh-Adummim est une oasis en plein désert, ici ce qui frappe c'est l'harmonie entre l'homme et la nature, l'osmose entre la nature de la terre promise et le peuple à qui elle a été donnée en héritage, non pour la posséder mais pour la cultiver et la garder pour le bonheur et le salut de toute l'humanité : "Or Goyim", "lumière des nations" (Esaïe 42:6, 49:6, 60:3).

Oui, tout au long de cette merveilleuse journée de printemps, oscillant entre giboulées et grand soleil, cette terre et ses habitants me sont apparus comme la "lumière des nations", non comme ma ville de Maaléh-Adummim qui est une splendeur d'architecture et d'aménagement, un peu hors du temps, mais comme cette terre, humble, donnée à ceux qui la mettront en valeur. Ici l'ancien et le nouveau font bon ménage ; les gens qui l'habitent," "colons" pour les journalistes méprisants, mais en réalité élite culturelle et spirituelle ai-je envie de dire, car ici l'artiste et l'artisan désignent les mêmes personnes qui prennent au sérieux les défis de D.ieu pour les relever. La majorité de cadres de Tsahal, l'armée d'Israël sortent de ce vivier, beaucoup d'artistes, de créateurs d'entreprises, de rabbins, d'éleveurs, d'agriculteurs...

Au printemps, la nature est en effervescence, mais aussi les hommes qui constituent ce Yéhuda-Shomron. Cette Judée-Samarie, c'est le cœur d'Israël. Jésus ne cessait d'aller et venir entre sa Galilée d'origine et Jérusalem, en traversant la Judée-Samarie... Cachée, secrète, cette dernière se révèle comme ce berceau qui veut accueillir tous ceux qui ont besoin de se ressourcer, de poser leur pieds dans une réalité connue -bien des paysages nous rappellent la France - mais non statique, non figée : la vie est palpable où que l'on pose le regard, le D.ieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob n'a pas déserté les lieux, ses enfants non plus. Et pour ceux qui rejoignent le peuple d'Israël au travers de leur enracinement chrétien, ils trouvent dans ces lieux la certitude qu'ils ne sont pas en "Terre sainte", mais chez eux : ils rentrent à la maison.

 

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